LE MACY A FAIT SON AUTOPORTRAIT

 

Pas d’artiste extérieur au groupe, cette année, pour l’exposition du MACY qui ouvre traditionnellement la saison de l’hospice Saint Charles à l’invitation de la CAMY .

Après des années de croisements, de rencontres, d’ouvertures à des pratiques proches ou différentes, à des artistes invités justement pour ces complexités, mais toujours dans la complicité créative, le groupe a choisi de recentrer le propos de cette exposition : En n’accrochant que des œuvres des artistes du MACY, mais d’abord et surtout avec le choix du thème : « Autoportrait ».

L’autoportrait fut longtemps un exercice obligatoire. Aux époques où le savoir dessiner précédait le savoir peindre ou sculpter, et où le meilleur des modèles était l’être humain, l’artiste, souvent fauché, croquait conjoint, enfants ou, encore plus disponible, lui-même. Par le décor, la posture, on cherchait à montrer, qui la noblesse du métier, qui la difficulté de l’introspection... Rembrandt s’est ainsi représenté tout au long de sa vie (environ quatre-vingts autoportraits entre 1628 et 1669). On apprécie souvent les résultats de cette pratique, qui donnent l’illusion de saisir sur les visages successifs et dans les « mise en scène » des signes que nous nous empressons d’interpréter. On n’épiloguera pas ici sur l’oreille bandée de Van Gogh (1889). Toutefois, dans bien des autoportraits, on peut voir la jeunesse ou les drames, la maturité ou l’empâtement… Parfois nous croyons même y déceler la réussite, ultime illusion si celui dont personne ne conteste la notoriété ne l’a acquise que bien tardivement.

Toutefois, même d’époques anciennes, les autoportraits sont des arrangements, des manipulations de l’image. Norman Rockwell en fait une démonstration pleine d’humour dans son « triple autoportrait » (1960) où les références aux grands maîtres côtoient avec dérision la tentation de se mettre en valeur.

Sans souci d’une hypothétique postérité et en l’ayant décidé en toute convivialité, les membres du MACY ont donc fait leur autoportrait.

On pouvait décider que « tout œuvre est un autoportrait ». Evident, mais peut être un peu réducteur ? Fût-il on ne peut plus éloigné de la stricte figuration, un « véritable » autoportrait ne devrait-il pas montrer l’auteur tel quel, pris en quelque sorte au débotté. Le « tout œuvre est un autoportrait » pourrait alors offrir à foison angoisses et névroses, cauchemars divers et autres pulsions bien réelles sinon agréables. Or, celui qui fait œuvre ne cherche-t-il pas à transmettre le meilleur, non de l’apparence de lui-même, mais de ses émotions, de son esprit, de son organisation personnelle du monde qui l’entoure. Si l’art est une revanche sur le chaos de la réalité, le « tout œuvre est un autoportrait » devient alors la réalisation, extrêmement complexe, de cette pensée.

Il y avait aussi le risque de se fourvoyer dans le piège d’une représentation humaine pour ceux dont la pratique n’en est pas coutumière.

Mais chacun a envisagé combien sa recherche personnelle, que ce soit en deux ou trois dimensions, trouverait sa place dans ce thème et ce malgré un à priori quelque peu réducteur.

Au visiteur d’apprécier. L’habitué de l’Hospice Saint Charles mettra en correspondance les œuvres pour voir comment chacun a interprété la consigne, joué avec la contrainte, déjoué les pièges… Comment, finalement, c’est le MACY qui a fait son autoportrait.

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